Alors que la Commission européenne s’apprête à fêter lundi prochain à Cannes les 25 ans du programme MEDIA, ce jour semble parfaitement adéquat pour rendre hommage aux instigateurs d’une idée qui préside depuis 30 ans au développement de l’audiovisuel européen.

Il y a exactement 30 ans aujourd’hui, sur la base d’une étude économique réalisée par Holde Lhoest, experte à la télévision belge (RTBF) puis allemande (ARD), la Commission européenne proposait de lancer un programme d’action “en faveur de la production audiovisuelle européenne”(archive 1986), prémisse du programme MEDIA (aujourd’hui Europe Créative). Une “communication” dressait alors l’état des lieux du secteur audiovisuel européen, en crise, et proposait des pistes favorisant la production et la distribution des oeuvres dans un “Grand Marché” européen mis à l’agenda par la Commission Delors.

Le contexte a évidemment beaucoup changé depuis lors: les chaînes TV et les écrans se sont multipliés, le numérique a bouleversé la production et la diffusion des oeuvres, le consommateur entend accéder comme il l’entend à ses programmes préférés (à la demande, sur tout écran, partout, tout le temps)… Mais des tendances lourdes demeurent : fragmentation de la production et de la distribution, importance des barrières culturelles et linguistiques, sous-financement des entreprises, domination des géants américains.

Production et distribution

Très logiquement, Holde Lhoest, qui travaillera en étroite collaboration avec le journaliste et expert belge Henri Roanne et sous la direction de Mariano Maggiore et du commissaire italien Ripa di Meana, proposait d’intervenir prioritairement sur la production et la distribution.

Il s’agissait notamment de “produire européen, produire plus et dans de meilleures conditions”, en tirant profit des coproductions, de valoriser le patrimoine audiovisuel et d’investir dans de nouvelles formes de création numériques. On évoquait également le développement de films “à budgets réduits” et l’organisation d’ateliers pratiques sur les méthodes de production et l’écriture de scénarios.

En distribution, la Commission proposait de développer le multilinguisme via des aides au doublage et au sous-titrage, d’améliorer les réseaux de distribution existants et de soutenir la promotion et la commercialisation des films; on évoquait même l’opportunité d’harmoniser les règles de chronologie d’exploitation des films à travers les différents médias.

Accès au financement

En corollaire, l’Europe devait aussi se soucier du soutien au financement avec la mise en place de nouvelles structures de crédit, “à l’échelle communautaire et nationale”. Trente ans plus tard, on espère enfin voir aboutir la mise sur pied d’un fonds de garantie européen pour les crédits bancaires au secteur audiovisuel, sous la houlette du Fonds européen d’Investissement. Visionnaire également, l’idée d’harmoniser les mesures d’incitation financière et fiscale qui depuis se sont quasi généralisées.

Il faudra encore l’organisation de plusieurs tables rondes et discussions avec les secteurs professionnels avant de voir se mettre en place progressivement, avec un modeste budget de 1 million d’ECU (le précurseur de l’euro), une série d’actions pilotes, gérées par les professionnels, pour structurer la distribution (EFDO), le développement de scénarios (SCRIPT), le multilinguisme (BABEL), la formation (EAVE) ou encore le secteur de l’animation (CARTOON).

En 1988, promue année européenne du Cinéma et de la Télévision, la dynamique était lancée pour aboutir en 1991 à l’adoption formelle du programme MEDIA (acronyme pour Mesures d’Encouragement au Développement de l’Industrie Audiovisuelle). Il y a 25 ans…

Joyeux anniversaire !!

Programme d’action en faveur de la production audiovisuelle européenne – Communication de la Commission au Conseil – COM(86)255 final – 12 mai 1986.

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