Délaissée par l’Etat, la Cinémathèque de Belgique accomplit des miracles

« Nous y sommes encore arrivés ! » En dépit de subventions fédérales considérablement diminuées et de restrictions de personnel, la Cinémathèque Royale (CINEMATEK) a terminé l’année 2015 à l’équilibre et a pu mener à bien ses missions de gestion des collections, ainsi que d’activités et de projections publiques. « La situation reste cependant précaire et ne nous permet pas aisément de planifier le futur », alertent les responsables de la fondation d’utilité publique.

« Une gestion stricte et économe nous a permis cette année encore de joindre les deux bouts, constatent avec soulagement Eric De Keuleneer (Président), Nicola Mazzanti (Conservateur) et Kristel Vandenbrande (Directrice adjointe) dans le rapport annuel 2015 que vient de publier la Cinémathèque royale de Belgique. Ce qui ne modifie en rien le constat amer formulé depuis de nombreuses années : « les moyens et infrastructures disponibles sont inadaptés et le financement structurel de l’Etat fédéral ne nous accorde aucune marge permettant d’investir. » En cumulant subside de la Politique scientifique (Belspo) et de la Loterie Nationale, l’aide publique fédérale tourne aujourd’hui aux alentours des 3 millions €. De sorte que, « depuis 2003, la Cinémathèque, déjà structurellement sous-financée, a perdu 30% de son financement », explique Nicola Mazzanti.

Cette vénérable et dynamique institution qui dispose de collections de films (et non films) « parmi les cinq plus riches d’Europe » doit aujourd’hui se satisfaire de 46 équivalents temps plein, une baisse de 22% en cinq ans. Elle pose donc légitimement la question : où pourra-t-elle trouver les fonds pour réaliser ces investissements indispensables que constituent :

  • un centre de conservation à part entière ;
  • une biblio-médiathèque moderne et dynamique ainsi qu’un espace d’exposition à l’Hôtel de Clèves (Ravenstein);
  • l’aménagement de salles de capacité plus importante.

Pour remplir ses missions de conservation et de diffusion, la Cinémathèque peut heureusement compter sur des ressources complémentaires auprès de l’Europe – via des projets ponctuels tels que European Film Gateway 1914– ou du Fonds Baillet Latour – pour la numérisation de films belges. Auxquelles s’ajoutent les recettes propres tirées des projections publiques à Bozar et Flagey.

Une collection en croissance permanente

En 2015, la Cinémathèque a ainsi accueilli 10.000 bobines de films supplémentaires et enrichi sa collection numérique de 936 titres pour atteindre les 16.516 films. 594 nouveaux films belges, dont 237 productions récentes, se sont ajoutés à son patrimoine. Son Digilab a procédé à la numérisation en haute résolution (4K) de 266 films tandis que 31 films (dont 14 belges) ont fait l’objet d’une restauration.

La Cinémathèque bénéficie notamment du transfert des copies numériques des films flamands dans le cadre d’un dépôt contractuel imposé par le Vlaams Audiovisueel Fonds (VAF), mais la mise en dépôt tarde à venir du côté francophone bien que les conditions d’aide à la production du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel le prévoient également.

Les activités de diffusion opérées par la Cinémathèque ont également été très nombreuses, totalisant 2.750 projections et 82.000 spectateurs à CINEMATEK et à Flagey auxquelles s’ajoutent 300 projections en décentralisation à travers la Belgique et les 50 projections du festival L’Age d’Or. Près de 1.000 copies sont par ailleurs sorties des collections pour alimenter la programmation de 42 festivals et 100 cinémathèques à travers le monde. Last but not least, la Cinémathèque poursuit la mise à disposition d’une collection de films en ligne sur sa chaine YouTube (CINEMATEKfilms) qui totalise aujourd’hui 175.000 visions pour 150 titres.

Des milliers de films invisibles

La Cinémathèque royale présidant cette année encore l’Association des Cinémathèques européennes, son conservateur Nicola Mazzanti regrette enfin que « la Commission européenne ait complètement sous-estimé l’impact de la transition numérique pour la filière cinéma et notamment le patrimoine » ; la balle a été renvoyée dans le camp des Etats membres, qui ne s’y intéressent guère, un pays comme l’Allemagne consacrant à peine un petit million à sa numérisation. Or, comment se passer de soutien public quand la numérisation d’un long métrage revient à 50.000 € ? Conséquence chez nous : tous les titres belges antérieurs à 2010 conservés à la Cinémathèque sont inexploitables en numérique. Tout ce qui existe en 35 mm ou en 16 mm est devenu quasiment invisible, une situation particulièrement dramatique pour les films d’actualités, les documentaires et toutes les images hors fiction. « Hors il y a clairement un public pour les films classiques comme le démontrent les résultats très positifs des projections UGC Kult les dimanches à Bruxelles », conclut Nicola Mazzanti.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s