L’industrie cinématographique belge bénéficie d’une « articulation plutôt efficace entre différents types d’outils et de niveaux de pouvoir », conclut une étude publiée aujourd’hui par le CRISP ( Centre de recherche et d’information socio-politique). Reste à voir comment elle résistera aux transformations du secteur, à la faiblesse des moyens des pouvoirs publics et à la concurrence fiscale internationale.

Dresser un état des lieux « à un moment charnière » où se superposent une internationalisation croissante de la production et de la diffusion, une « déchronologisation de la chaîne du film  » et une porosité croissante entre cinéma et télévision, c’est un peu le défi que se sont lancé les auteurs, Fabienne Collard, Christophe Goethals, John Pitseys et Marcus Wunderle. Une première en Belgique francophone, selon eux.

Et il est frappant de constater qu’ »en dépit d’un contexte économique mitigé » et d’une stagnation de la fréquentation des salles, « la dernière décennie a vu une hausse du nombre de maisons de production, une hausse globale de l’emploi et un accroissement des ressources financières investies dans la production cinématographique ». C’est que le cercle vertueux des aides régionales et du tax shelter fédéral, combinables à souhait, est passé par là, comme expliqué en détail en 3ème partie de l’ouvrage.

 Un secteur en croissance

A nuancer cependant ; entre 2001 et 2015, l’étude dénombre 118 producteurs de cinéma, mais dont 75 ont participé à la production d’un seul film de long métrage. Néanmoins, si l’on s’en tient aux statistiques de l’ONSS, entre 2010 et 2015 le nombre de sociétés de production cinématographique est passée du simple au double (79 sociétés). On dénombre également 327 salariés dans le cinéma pour 156 salariés dans la production de films télévisuels. Dans le secteur de la postproduction, le nombre de sociétés s’affiche en baisse (88) avec un effectif de 450 emplois. Comme de bien entendu, le grand nombre d’indépendants actifs dans le secteur passe au travers des mailles statistiques…

Les auteurs passent ensuite en revue les différents instruments de soutien publics, aux objectifs « tantôt culturels, tantôt politiques ou économiques, voire les trois », pour constater qu’ils représentent deux tiers du financement belge des longs métrages reconnus comme belges;

  • 36,8% viennent du tax shelter;
  • 17,2% des Communautés (CCA et VAF);
  • 9% de Wallimage;
  • 2,8% d’Eurimages.

Il n’empêche que notre cinématographie, très axée sur la coproduction, reste très dépendante de l’étranger, sa part dans le budget de ces longs métrages représentant 71% des investissements totaux.

Le phare éblouissant du tax shelter

Avec 900 oeuvres audiovisuelles produites et plus de 805,6 M€ investis entre sa création et 2014, le tax shelter est bien entendu le véhicule phare de la production en Belgique, constate le CRISP. Mais « il profite surtout aux acteurs dominants et à des acteurs étrangers attirés par l’argent drainé par le dispositif ». Le défi est de maintenir une certaine diversité des structures de production et des projets, en ce compris les projets moins commerciaux ou plus modestes budgétairement. La complémentarité des aides de Wallimage et du CCA avec le tax shelter joue un rôle indéniable à cet égard.

Petit, structuré, « favorisant les rapports de proximité, mais aussi les conflits d’intérêt » – certains cumulent les casquettes de producteur, d’enseignant et de membre d’une instance d’avis , le secteur cinématographique jouit donc aujourd’hui d’un « avantage comparatif », concluent les auteurs de l’ouvrage. « Cela pourrait changer demain si de puissant voisins venaient à adopter d’autres mécanismes de soutien similaires ou plus avantageux ».

La production cinématographique, par: F. Collard, C. Goethals, J. Pitseys, M. Wunderle, 117 p., CRISP dossier 86, novembre  2016