Empêtrée depuis 15 ans dans le dossier de la rénovation et de la réouverture du Pathé Palace, cinéma emblématique au coeur de Bruxelles, la Fédération Wallonie-Bruxelles envisage aujourd’hui de revendre le bâtiment au secteur privé.

Construit en 1913 par l’architecte Paul Hamesse pour la Société d’Exploitation Cinématographique française Pathé Frères, cette salle de 2.500 places fut l’un des premiers grands paquebots du cinéma à Bruxelles sur les grands boulevards (Anspach), à deux pas de la Bourse. Après la faillite de son dernier exploitant sous l’enseigne “Kladaradatsch”, la Fédération Wallonie-Bruxelles en fit l’acquisition en 2001 et y a englouti depuis lors plus de 16 M€ pour en faire une salle de cinéma d’art et d’essai vouée au cinéma belge et européen. Un exploitant a même été retenu sur base d’une offre réunissant notamment le producteur Artémis et le distributeur Cinéart, sous le patronage des frères Dardenne. Le projet devant abriter 4 salles de cinéma, un bar-restaurant et un espace culturel.

Alors que la ministre de la Culture Alda Gréoli annonçait le 31 mars dernier une ouverture probable (!) du cinéma cet automne, son collègue au budget André Flahaut a expliqué hier aux députés francophones qu’il envisageait de revendre le bâtiment au secteur privé. Vu l’état de ses finances, la Fédération ne souhaite plus assurer aujourd’hui les charges d’un emprunt de 10 M€ (531 000 € par an), ni les frais de fonctionnement du cinéma.

Au titre du budget 2017, une nouvelle enveloppe de 2,7 M€ avait été réservée par le gouvernement pour parachever les travaux et financer l’équipement du cinéma, dans l’espoir manifeste de céder un outil en ordre de marche. “Je suis un pragmatique pur et dur, a expliqué hier au Parlement le ministre Flahaut; j’ai fait en sorte que le Pathé Palace puisse être en bon état et aménagé comme prévu, mais je ne tiens pas non plus à ce que la Fédération Wallonie Bruxelles en reste à tout prix propriétaire”.

Des négociations ont été menées avec la Ville de Bruxelles et la Région de Bruxelles-Capitale, de même qu’avec la COCOF, qui gère les intérêts francophones à Bruxelles. Fin de non-recevoir à tous les niveaux, la reprise du Pathé Palace ne figure pas parmi les objectifs et priorités des institutions bruxelloises.

Conserver le bâtiment n’est pas une option pour le ministre du budget qui a évoqué les coûts important “tant à l’achat qu’à l’entretien”, de même qu’en remboursement d’emprunt, sans compter les subventions pour le développement des activités. André Flahaut voudrait explorer la piste des fonds Beliris, sur base de considérations patrimoniales, mais il y a peu de chances qu’elle aboutisse sans un appui de la Région. Reste donc la solution de la revente au secteur privé, sous condition toutefois d’y maintenir des activités culturelles; “le nombre des opérateurs qui se manifestent en vue du rachat de l’immeuble est important, je ne vous le cache pas”, assure le ministre.

Le député libéral Philippe Knaepen (MR) se dit “catastrophé” par cette éventualité, estimant qu’”il faut trouver le moyen de faire vivre cette structure et de la pérenniser, dans un cadre bicommunautaire”. “Surpris” par l’absence d’intérêt de la Région de Bruxelles-Capitale, l’Ecolo Christos Doulkeridis plaide quant à lui pour le maintien du bâtiment dans le domaine public “pour que l’objet social puisse être poursuivi”.

Compte-rendu du Parlement FWB

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