Alors qu’elle disposait des résultats depuis mai 2015, il aura fallu attendre ce 22 septembre pour que la Commission européenne rende publique une étude qui relativise l’effet du piratage sur les ventes de films, de musique, de jeux et de livres protégés par le droit d’auteur.

Réalisée par le bureau hollandais Ecorys, cette étude a relevé que, en 2014, 51% des adultes et 72% des mineurs au sein de l’UE ont consommé des contenus créatifs par le biais du téléchargement ou du streaming illégal. Les taux les plus élevés de piraterie étaient enregistrés en Espagne et en Pologne. Cependant, « les résultats ne démontrent pas de preuve statistique solide d’un déplacement des ventes dû aux infractions au droit d’auteur », constate l’étude. Non sans préciser que « cela ne signifie pas nécessairement que la piraterie n’a pas d’effet, mais simplement que l’analyse statistique ne prouve pas avec suffisamment de fiabilité qu’il y a bien un effet« .

Les films récents constituent néanmoins une exception notable ; le « taux de déplacement » y atteindrait 40%, de sorte que pour 10 films récents à succès consommés illégalement, à peine 4 de moins seraient consommés en toute légalité. La proportion tombe à 2 pour un second visionnement. Globalement, estime le bureau Ecorys, la perte estimée pour les films récents à succès serait limitée à 5% du volume des ventes.

L’étude a également tenté d’évaluer la relation entre le piratage et le prix de mise à disposition des oeuvres dans les offres légales. Et là, l’analyse indique que les prix demandés pour les films et séries TV surpassent de 80% ceux que les consommateurs pirates sont prêts à payer. Le critère du prix constitue donc une variable importante pour les films et les séries, beaucoup plus limitée pour les livres, la musique et les jeux.

Un peu de transparence svp!

La Commission européenne a déboursé 360.000 € pour la réalisation de cette étude de 300 pages, rapporte l’eurodéputé Julia Reda (parti pirate). « Après avoir dépensé ce montant significatif, pourquoi la Commission a-t-elle choisi pendant deux ans de ne pas publier cette étude », demande-t-elle sur son blog. D’autant qu’elle aurait pu rester enfermée dans un tiroir quelques années de plus si la député n’avait pas fait valoir son droit d’accès aux documents. Alors que plusieurs textes sont en cours de discussion sur la question du droit d’auteur, pointant l’effet désastreux de la piraterie sur les revenus des ayant droits, « nous avons clairement besoin d’avoir accès à toutes les preuves disponibles démontrant qu’un déplacement de valeur a effectivement lieu dans la pratique« , conclut Julia Reda

Télécharger l’étude ICI