« Refonder l’Europe par la culture », telle est l’ambition de la ministre française de la Culture Françoise Nyssen qui conviait ses homologues européens ce 11 octobre à Francfort, en marge de la Foire du Livre.

La ministre entendait ainsi donner un prolongement concret aux appels lancés la veille par son président Emmanuel Macron qui a inauguré hier la Frankfurter Buchmesse en compagnie de la chancelière allemande Angela Merkel avant de rencontrer des étudiants de l’Université Goethe de Francfort. Que trouver de mieux en effet que la Culture pour construire ou raviver un « imaginaire commun » en Europe ?

« Ciment de l’Europe, elle doit être son premier moteur aujourd’hui », explique Françoise Nyssen dans une tribune publiée dans le quotidien Le Figaro. Ses propositions s’articulent autour de trois axes :

– la protection:  favoriser la création en protégeant le modèle de rémunération des créateurs et des artistes, menacé par le numérique. La ministre entend peser de tout son poids pour qu’une issue favorable à leurs intérêts soit trouvée dans les discussions menées actuellement à Bruxelles autour du droit d’auteur. Françoise Nyssen entend également faire de la lutte contre la piraterie « un sujet prioritaire en Europe » et porter les ambitions de la France en la matière auprès des commissaires et parlementaires européens.

– la liberté : pour faciliter la circulations des artistes, des professionnels et des oeuvres autour des lieux culturels, Françoise Nyssen avance l’idée d’un Erasmus de la culture. Les citoyens ne seraient pas en reste puisqu’ils devraient disposer d’un Pass culture européen, à l’image de celui que la France mettra en oeuvre dès l’an prochain.

– la solidarité : pour donner corps à la devise de l’U.E. « unie dans la diversité », la politique commune de soutien à la traduction devra être renforcée et les fonds européens devront être davantage mobilisés. La ministre entend également soutenir les initiatives culturelles à destination des réfugiés.

Participaient notamment à cette réunion informelle de ministres de la Culture, la ministre allemande Monika Grütters, son homologue belge Alda Greoli, ou encore la présidente de la commission Culture du Parlement européen Petra Kammervert.

Déclaration de Madame Alda Greoli

Je suis très heureuse qu’avec mes collègues européens nous puissions saisir la balle au bond de ces appels à restaurer la confiance européenne par le biais de la culture. Des échanges que j’ai eus avec mes homologues, je constate que cette ambition est partagée et qu’il existe une volonté réelle de la porter concrètement. J’ai proposé d’élargir à nos collègues les échanges que nous menons avec la Ministre française de la Culture Françoise Nyssen sur l’alliance culture-école, nos deux pays venant chacun de lancer un parcours éducatif et artistique. 

Je rejoins par ailleurs sans réserve l’idée de promouvoir la mobilité dans les domaines culturels et de créer une forme « d’Erasmus » de la culture, à destination des jeunes professionnels et artistes. En littérature, en Communauté française, c’est aussi la mobilité de nos œuvres qui est importante. C’est pourquoi en deux ans, nous avons doublé le montant des aides à la traduction (143.000 euros) auxquels il peut être fait appel pour promouvoir nos auteurs auprès d’éditeurs étrangers.

Aussi, nous devons porter une attention particulière aux droits d’auteurs, dont la réforme est précisément en cours au niveau de l’Union européenne, afin que ceux-ci puissent assurer aux créateurs une juste rémunération. La réflexion a porté sur le partage de la valeur entre les créateurs et les grandes plateformes de distribution, acteurs incontournables du marché à l’heure du numérique. Plus largement, ce sont les questions de concurrence et de fiscalité qui méritent d’être actualisées afin de garantir la création et la  diversité culturelle européenne dans ce nouvel environnement. 

Enfin, j’ai soumis à mes collègues d’user de la « méthode ouverte de coordination », un cadre souple à même de rencontrer le volontarisme affiché lors de cette réunion. Une fois ces coopérations mises en place, l’Europe en sera d’autant plus forte pour jouer son rôle d’ambassadeur de la diversité culturelle et des valeurs universelles.»

4 priorités pour les auteurs

Au même moment, quatre associations européennes d’auteurs (allemands, espagnols, français et italiens) ont publié aujourd’hui une déclaration commune demandant aux représentants de la Commission Européenne, du Parlement Européen et des Etats membres de garantir :

  • Une meilleure répartition de la valeur générée par le secteur du livre
  • Une transparence complète des chiffres
  • Un droit d’auteur fort et l’interdiction de nouvelles exceptions ou limitations
  • La défense et la promotion d’un dispositif protecteur, le prix unique du livre

« Etre auteur est un métier, pas un loisir, peut-on lire dans cette déclaration. Comme tout professionnel, les auteurs doivent pouvoir bénéficier d’une protection sociale et d’un système de retraite. Ils doivent par ailleurs être rémunérés pour l’ensemble de leurs activités d’auteur. Il est temps que les créateurs bénéficient eux aussi pleinement de la valeur économique de leurs œuvres. »

Cette alliance d’auteurs européens, constituée à ce jour des associations d’auteurs Asociación Colegial de Escritores de España (ACE – Espagne); Conseil Permanent des Ecrivains (CPE -France) ; Federazione Unitaria Italiana Scrittori (FUIS – Italie) ; Verband deutscher Schriftstellerinnen und Schriftsteller (VS – Allemagne), est amenée à accueillir de nouveaux membres.

Lire la déclaration