Suite à son contrôle annuel, le Collège d’autorisation et de contrôle du CSA octroie aux « pure players » de vidéo à la demande (UniversCiné, Plush et Dramapassion) « un bon bulletin » en matière de promotion des oeuvres européennes et de protection des mineurs. Le CSA relaie par ailleurs leurs préoccupations concernant la chronologie des médias, la concurrence des géants américains et les relations avec les télévisions traditionnelles.

UniversCiné propose un catalogue centré sur les productions indépendantes européennes, avec une attention particulière pour le cinéma belge, Plush mêle succès commerciaux et découvertes, tandis que Dramapassion se concentre sur les séries sud-coréennes.

Ces plateformes déclarées en Belgique se conforment à leurs obligations légales, notamment en assurant la promotion des oeuvres européennes par le biais de newsletters, chaînes promotionnelles, sites internet, opérations de marketing… Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel annonce cependant son intention « d’étendre progressivement son contrôle à d’autres méthodes de promotion« , comme les réseaux sociaux, les suggestions dans les catalogues et les algorithmes de recommandation.

Pour garantir la protection des mineurs, les pure players recourent à la signalétique et aux codes d’accès parentaux, mais « la situation n’est pas encore parfaite« , constate Noël Theben, Responsable Télévisions au CSA ; les développements sont en cours afin que leurs plateformes intègrent les prescrits légaux. »

Faire glisser la chronologie des médias

Dans une approche plus prospective, le CSA dialogue par ailleurs avec les acteurs du secteur mobilisés par trois priorités. Ces derniers considèrent ainsi qu’il convient de rouvrir le débat sur la chronologie des médias afin d’ajuster la séquence des fenêtres d’exploitation des oeuvres entre les différents canaux de diffusion (salles de cinéma, TVOD, payTV, télévision gratuite, SVOD). Actuellement calée à 4 mois après la sortie en salles, l’exploitation VOD pâtit de la retombée du soufflé marketing et de la piraterie, alors que bien des films quittent le grand écran après deux semaines d’exploitation. Et les salles de cinéma n’entendent pas céder du terrain. « Ce débat surla chronologie des médias s’éternise alors que le temps presse, estime le directeur d’UniversCiné Maxime Lacour. « On ne veut pas casser la machine, ce qu’on revendique, c’est simplement de démarrer la chronologie plus tôt. Si rien ne change, il y aura de la casse à plusieurs niveaux« …

Plush

La concurrence foncièrement « disruptive » des géants américains tels que Netflix, Amazon et bientôt Disney impose par ailleurs à nos services OTT de jouer la complémentarité face au modèle « pop-corn »; ce qui passe par un positionnement éditorial affiné et affirmé, ainsi qu’une meilleure interactivité des plateformes. Netflix faisant ses choux gras des séries TV et des films de genre, « proposez-leur les dix précédentes palmes d’or, ils ne vous en achèteront aucune », ajoute Maxime Lacour. Avec le créneau du film d’auteur européen ancré dans son ADN, UniversCiné lancera ainsi prochainement un nouveau service SVOD sur ce thème, baptisé Uncut. Une vision coroborrée par Pierre Demolin (Plush) : « leur public cible (chez Netflix), c’est les 18-30 ans, cela nous laisse de la marge. »

En ce qui concerne l’interactivité, difficile de s’aligner sur une « data company » aussi puissante que Netflix qui investit massivement dans les algorithmes. « Une plateforme OTT doit (pourtant) être interactive« , analyse Pierre Demolin qui a développé sa propre recette pour créer une communauté. « Au fil du temps, nous avons récolté une foule de critique de films, de ratings, de commentaires. Cela permet aux utilisateurs qui ont des goûts similaires de s’inspirer les uns des autres; c’est une approche plus horizontale et authentique que les algorithmes froids. La communauté Plush est également alimentée par une newsletter qui compte 150.000 abonnés. »

Dramapassion

Se serrer les coudes ?

Le CSA pointe enfin le manque de collaboration en Belgique francophone entre les médias traditionnels et les médias en ligne, au grand regret des « pure players ». UniversCiné avait bien développé un partenariat avec Proximus qui y a mis fin au profit de sa propre offre non linéaire et d’une intégration de Netflix. Aujourd’hui, il voit avec inquiétude le développement d’une offre SVOD par la RTBF. Un constat à mettre en parallèle avec le point de vue du patron de BeTV, Daniel Weekers, développé dans le dernier numéro du webzine Régulation publié aujourd’hui par le CSA. Interrogé sur la stratégie menée vis-à-vis de « ces géants qui nous ciblent », n’évoque-t-il pas comme premier réflexe à avoir, « celui de la solidarité » ? Si nous sommes tous concurrents à l’intérieur de notre territoire, nous devons prendre conscience que, face à des Netflix et compagnie, nous avons tout intérêt à nous mettre ensemble. Je suis convaincu que nous devons mettre en place une offre collective. »

Plus de détails sur le site du CSA