Une étude réalisée par le Conseil supérieur de l’Audiovisuel révèle une situation encourageante, mais néanmoins nuancée, quant à la place et la représentation des femmes dans les fictions télévisuelles. Si l’on constate une reconfiguration dans les identités et les rapports de genre, certains prescrits continuent cependant à peser davantage sur les personnages féminins.

Dans le cadre d’un colloque qui se tient ces deux prochains jours à Tunis, le CSA publie aujourd’hui les résultats d’une étude sur la place et la représentation des femmes dans les fictions TV. Ses résultats sont encourageants mais contrastés, même s’ils reposent sur un échantillon somme toute assez limité de productions. Huit fictions coproduites par la RTBF, deux séries familiales (Clem et Une famille formidable), trois séries policières (Candice Renoir, La Têve et Ennemi Public) et trois webséries (Euh, Typique et Burkland) sont ainsi passées à travers une grille d’analyse traquant les stéréotypes et les prescrits qui pèsent sur les personnages féminins.

Quantitativement d’abord, une sous-représentation des femmes persiste dans ces fictions puisque, sur 82 personnages principaux et secondaires récurrents, on dénombre 36 femmes et 46 hommes; cette proportion de 43,9% est cependant supérieure à celle de 37% relevée en 2013 dans le Baromère Egalité-Diversité du CSA. A 60%, la balance est plus favorable lorsque l’on s’en tient aux personnages principaux, ce qui dénote « une présence féminine relativement importante dans des positions clés du récit« , explique Joëlle Desterbecq, directrice des recherches au CSA.

De nets progrès restent cependant à faire lorsque l’on se penche sur le générique de ces fictions ; les femmes ne représentent plus que 23,81% des créateurs-trices et 16,67% des réalisateurs-trices de séries et webséries. 94,2% des épisodes étudiés ont été réalisés par des hommes.

Tension entre stéréotypes et contre-stéréotypes

Sur le terrain des représentations, les choses évoluent, ce qui est encourageant, même s’il y a des nuances. Exemple étonnant : le jeunisme atteint moins les personnages féminins principaux qui appartiennent à 66,7% à la tranche d’âge 35-64 ans. Chez les hommes, on favorise un côté plus juvénile (45,65% de 19-34 ans), ce qui tient sans doute au profil des webséries telles que Euh ou Typique.

Les personnages féminins sont également en majorité (61,11%) des femmes actives, dans la police, la médecine, le journalisme, l’agriculture, et appartiennent plus souvent (22% des cas) que leurs collègues masculins à des catégories socio-professionnelles supérieures. Ces femmes sont également en grande majorité (60%) des mères de famille, souvent au sein d’un couple « libre », qui ne renoncent pas pour autant à leur carrière ou leur épanouissement personnel. Elles sont cependant régulièrement présentées comme sentimentales, douces, émotives,…mais travailleuses. On pointera au passage un problème récurrent de diversité des représentations puisque 94,44% des personnages féminins de ces fictions sont blanches, valides, hétérosexuelles et de classe moyenne à supérieure.

On assiste par ailleurs à des reconfigurations ambivalentes des personnages féminins; c’est le cas par exemple de la « virilisation » des traits de caractère des femmes au métier d’homme. Les personnages de Chloé Muller (Ennemi Public), Marjorie (La Trêve), Sylvie Leclerc, Christelle Da Silva (Candice Renoir), ou Lou (Brukland) en sont des illustrations frappantes. Dans certains cas, ces personnages « contre-stéréotypés » paient cette reconfiguration par une « punition symbolique » : faille psyschologique, opposition du milieu masculin, échecs parentaux ou sentimentaux… Des prescrits normatifs continuent par ailleurs à peser davantage sur ces personnages féminins qui doivent notamment répondre à des canons de beauté et d’attractivité : dans 77,7% des cas, cela passe par la représentation d’un corps mince, ferme et athlétique.

Avec cette première étude, le CSA – qui s’est vu confié par décret depuis juin 2016 des missions en matière d’égalité hommes/femmes – entend « entamer un dialogue constructif avec chacun« , explique son nouveau président Karim Ibourki. Il n’est pas question de lancer une brigade anti-stéréotypes mais bien de conscientiser les créateurs.trices.

Synthèse de l’étude

L’étude et les résultats belges