2017 n’a de nouveau pas été une très bonne année pour le cinéma flamand qui, à quelques exceptions près, peine au box-office. Une tendance qui alarme les réalisateurs flamands, rapporte le quotidien De Morgen.

Comme ceux de l’année dernière, les chiffres de fréquentation du cinéma flamand laissent à penser que ce dernier traverse un trou d’air, si pas en qualité et en créativité, en tout cas en termes de fréquentation. A quelques exceptions près, les chiffres plafonnent à quelques milliers ou dizaines de milliers d’entrées. On est bien loin des années fastes où l’on dépassait les 430.000 entrées avec des films comme The Broken Circle Breakdown et De helaasheid der dingen de Felix van Groeningen, Rundskop de Michaël R. Roskam, Marina de Stijn Coninx, ou encore les 755.000 spectateurs de De Zaak Akzheimer d’Erik Van Looy en 2003.

L’an passé, ce dernier réussit encore à drainer 431.000 spectateurs avec De Premier; aujourd’hui Het tweede gelaat de Jan Verheyen franchit à peine le cap des 200.000 (ce qui est plus qu’honorable en comparaison des films francophones) et le nouveau film très attendu de Michaël Roskam Le fidèle plafonne à 133.000 visiteurs. Helden boven alles de Geerard Vandewalle totalise à cette heure 100.000 spectateurs flamands contre 70.000 pour Sprakeloos de Hilde Van Mieghem, 41.000 pour Cargo de Gilles Coulier ou 25.000 pour Home de Fien Troch (récompensé par le Prix Cavens). La situation est plus problématique encore pour des films comme Le passé devant nous de Nathalie Teirlinck (8.000 entrées), Zagros de Sahim Omar Kalifa (6.000) et Blue Silence de Bülent Öztürk (2.000).

Devons-nous encore faire des films si personne ne vient les voir ? Jan Verheyen

L’Union des Réalisateurs s’alarme de cette situation et organisera le 2 février prochain à Gand un colloque où il se penchera sur l’avenir du cinéma flamand. « Nous sommes dans un nouveau contexte, explique le réalisateur Jan Verheyen interrogé par De Morgen. En quelques années, le paysage médiatique a complètement changé avec des acteurs comme Netflix. La séparation entre film et télévision s’estompe totalement; aujourd’hui, les séries tv ne doivent plus être sous-estimées vis-à-vis du film de cinéma« .

Selon Michaël Roskam, qui préside l’Union, le budget disponible reste limité et devrait être mieux géré par les autorités qui devraient également s’attaquer au phénomène du piratage. Le producteur Dirk Impens, qui a mis fin aux activités de sa société Menuet (Daens, La Merditude des choses, The Broken Circle Breakdown), estime quant à lui qu’il n’y a pas lieu de paniquer, « mais ne rien faire ne constitue pas une option« . « Je ne veux pas jouer les prophètes de malheur, mais je trouve que l’on produit trop de films. » (ndlr 21 films sont sortis cette année)

Outre l’évolution des modes de consommation des amateurs de films vers le streaming, certains comme le producteur Dries Phlypo pointent également le manque de salles de cinéma art et essai en Flandre alors que les multiplexes ont marginalisé le film d’auteur. Pour son film Zagros, il a ainsi dû se contenter d’une sortie sur 6 copies. « Il y a bien un public, mais il n’est pas servi ».